La gestion de l'eau du parc de Sanjiangyuan

par Élisabeth Martens, le 18 mars 2023

Avec ses 30 millions d'hectares, la réserve naturelle de « Sanjiangyuan », ou « Source des Trois Fleuves », est la plus grande réserve naturelle de Chine. Elle couvre plus de la moitié de la province du Qinghai. A titre de comparaison, la superficie de l'Angleterre est de 24 millions d'hectares, et celle de la France 55 millions.

 

Zone humide de la réserve de Sanjiangyuan
Zone humide de la réserve de Sanjiangyuan

 

 

Les trois fleuves dont il est question sont le Huang He, le Fleuve Jaune, le Yangzi Jiang ou Chang Jiang qu'on appelle aussi le Fleuve Bleu, et le Lancang Jiang qui, une fois qu'il passe la frontière vers le Laos, devient le Mékong.1 C'est pour protéger l'eau de ces trois fleuves qu'en 2003, la Chine a créé la réserve naturelle de Sanjiangyuan. En 2016, elle a reçu le statut de parc national et, depuis lors, elle jouit d'une protection accrue.

Le Haut Plateau tibétain porte bien son nom, il est tout plat, à perte de vue. L'eau ne jaillit pas comme d'une source de montagne, mais elle suinte, elle affleure, elle s'étale, elle se répand. Cela ressemble plus à une zone humide qu'à une source telle qu'on l'imagine. Cette région est pourtant la plus grande réserve d'eau douce de l'Asie, elle fournit aux cours inférieurs de ces trois fleuves plus de 60 milliards de mètres cubes d'eau chaque année.

Leur débit ne vient pas uniquement de la fonte des glaciers mais aussi, et surtout, de la mousson qui arrose les contreforts de l’Himalaya. Dans les provinces du Sichuan et du Yunnan, les précipitations annuelles peuvent atteindre 5000 mm/an2. C'est là que le débit des grands fleuves se dirigeant vers le sud devient colossal.

En mars 2019, un colloque sur la gestion de l'eau dans la réserve de Sanjiangyuan s'est tenu à Xining, au Bureau de gestion de la réserve. Un projet pilote avait été lancé trois ans auparavant par le gouvernement chinois, il visait à tester un nouveau système de gestion des parcs nationaux chinois. Comme une gestion correcte de l'eau impacte non seulement l'environnement du parc de Sanjiangyuan, mais aussi les deux milliards de personnes habitant en aval des fleuves, en Chine, mais aussi au Laos, au Cambodge, en Thaïlande et au Myanmar, la réserve de Sanjiangyuan a servi de terrain d'expérimentation.

La réserve a été divisée en trois types de zones : zones humides, zones de protection de la faune, zones arbustives et forestières. Chacune de ces zones a elle-même été divisée en trois, du centre vers la périphérie : une zone centrale, une zone tampon et une zone expérimentale. La zone centrale était rigoureusement gérée, avec interdiction de pâturage, elle devait répondre à des mesures de protection draconiennes, tous les habitants avaient été relocalisés ailleurs, toute utilisation à des fins économiques était proscrite, c'était une sorte de zone de non-droit. La zone tampon encourageait la conservation et la protection des espèces, mais autorisait un pâturage limité, en rotation. Les zones expérimentales au pourtour devaient répondre aux mêmes normes que les zones tampon, mais pouvaient aussi être utilisées pour des recherches scientifiques, pour l'écotourisme et pour le développement d'industries vertes.

Une plate-forme de données fut créée pour améliorer la surveillance écologique et recouper efficacement les informations venant des différentes zones. La récolte minutieuse des observations sur trois ans d'expérimentation a montré que la gestion par maillage concentrique a donné d'excellents résultats. Le parc a petit à petit retrouvé une voie de coexistence pacifique entre l'homme et la nature. Quelques chiffres le démontrent : l'augmentation annuelle du stockage de l'eau a grimpé à plus de 6%, ce qui est primordial pour la régulation des fleuves et la prévention des sécheresses. Quant à la couverture des prairies, elle a augmenté de plus de 11%.

Mise à mal par un nombre de plus en plus élevé de têtes de bétail, la première option environnementale pour arrêter l'assèchement fut de diminuer les cheptels. Mais cette diminution a entraîné une multiplication affolante de pikas car les prairies n'étaient plus piétinées par les yacks, or leur poids empêchait la formation de terriers pour les pikas. On a alors construit des nids pour les oiseaux de proie. Ceux-ci peuvent inhiber les populations de pikas, réduisant ainsi les dommages à la végétation et au sol des prairies. L'équilibre écologique semble avoir été retrouvé. Les résultats sont plus qu'encourageants, ils indiquent que l'écosystème se stabilise et peut assurer le maintient de la biodiversité dans les décennies à venir. 

Parmi les zones de haute altitude dans le monde, Sanjiangyuan est une zone importante. La région est répertoriée comme l'une des 25 zones clés de conservation de la biodiversité dans le monde par le Fonds mondial pour la nature. Connue comme « le paradis des oiseaux », elle est l'habitat de plus de 300 espèces d'oiseaux rares, comme l'oie à tête barrée, et de 20 espèces de rapaces comme l'aigle royal et le faucon sacré.

L'oie à tête barrée est le seul oiseau capable de survoler les sommets de l’Himalaya
L'oie à tête barrée est le seul oiseau capable de survoler les sommets de l’Himalaya

 

 Notes :

1 On aurait pu ajouter le Nüjiang (ou Salween) qui prend aussi sa source dans la région, mais plus au sud.

2 Pour comparer: la Belgique a une précipitation annuelle de 910 mmm/an en moyenne