Le projet de reboisement de la vallée du Yarlung

par Elisabeth Martens, le 8 janvier 2026

Le projet de reboisement s’étend sur environ 140 000 hectares et concerne Lhassa, la capitale tibétaine, ainsi que six autres villes de la vallée du Yarlung. Lancé en 2021 dans le cadre de la nouvelle orientation économique de la RAT, il devrait avoir reverdi les pentes nord et sud de la vallée d’ici 2030.

En 2024, lorsque nous sommes allés constater l’avancement du projet sur place, la vallée du Yarlung avait déjà reverdi sur 200 km en amont de Lhassa. Quatre-vingts millions de plants avaient été mis en terre, représentant 57 essences d’arbres différentes : pin, épicéa, cyprès, argousier, genévrier, peuplier, saule, sophora, abricotier, noyer, orme, acacia, etc., auxquels se sont ajoutées de nombreuses espèces ornementales telles que l’iris, le sedum, le bambou doré, et autres.

Les plants avaient été cultivés dans des serres au Gansu, au Qinghai et au Ningxia afin de tester préalablement leur résistance au froid, à la sécheresse et à l’ensoleillement, et de trouver un substrat adapté aux conditions extrêmes du haut plateau. Au total, 80 % des plants replantés au Tibet ont résisté. Selon l’ingénieur agronome que nous avons rencontré, c’était une réussite.

Les pentes étant parfois abruptes, les ingénieurs responsables du projet ont fait appel à des entreprises high-tech pour transporter les jeunes arbres à l’aide de drones jusqu’aux sommets. Les techniciens pilotaient les drones depuis le pied des collines et, au sommet, des ouvriers agricoles étaient prêts à les planter immédiatement. D’autres drones ont également été utilisés pour l’ensemencement aérien de certaines plantes et fleurs.

 

La sécheresse étant un problème endémique en RAT, il a fallu mettre en place un système de pompage depuis le Yarlung ou son affluent, la Kyichu, pour arroser les jeunes arbres. Des canalisations ont été installées le long des pentes et, à partir de grands réservoirs construits au sommet des collines, un système de goutte-à-goutte humidifie la terre au pied des jeunes plants. Pour alimenter le pompage en énergie, l’électricité est fournie par des panneaux solaires installés à proximité.

Ce projet de grande envergure est pourvoyeur d’emplois variés. Il exige une coopération à tous les niveaux : ingénieurs pour la gestion globale, agronomes pour le choix des plantes, les tests de résistance et l’analyse des sols, techniciens pour les drones et les systèmes hydrauliques, informaticiens pour la numérisation dans les fermes et les serres, ouvriers agricoles pour la plantation, etc.

Le projet s’inscrit dans le nouveau modèle de développement de la RAT, qui ambitionne de combiner économie et écologie de manière durable. Construire une économie résiliente et autosuffisante réduit la dépendance de la RAT au gouvernement central.

Depuis 2021, le gouvernement de la RAT a opté pour un développement structuré selon trois axes principaux :

  1. La protection de l’environnement et de la biodiversité – dont fait partie le projet de reboisement de la vallée du Yarlung –, l’aménagement des réserves et des parcs naturels, les recherches climatiques menées à l’échelle internationale, la gestion de l’eau et des zones humides ;
  2. L’essor du tourisme, qu’il convient de canaliser, notamment en développant l’alternative de l’écotourisme : treks de haute altitude, observation de la faune et de la flore, randonnées à vélo, hébergement chez l’habitant, etc. ;
  3. L’exploitation des ressources naturelles : solaire et éolien associés à des agro-parcs, des PME ou d’autres industries, hydraulique avec la gestion des méga-barrages et l’exportation d’électricité vers les provinces de l’est, sans oublier d’autres ressources telles que l’eau minérale, les plantes médicinales, les minerais et terres rares.

La RAT confirme ainsi son rôle de premier réservoir stratégique de biodiversité, d’énergie verte et de ressources naturelles de la Chine. Elle s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire.