« Délocalisation des nomades au Tibet » ?

par Jean-Paul Desimpelaere, le 24 décembre 2012

Les comités de défenses pour l'indépendance du Tibet prétendent souvent que le gouvernement chinois force les nomades tibétains à se sédentariser. Nous avons une image romantisée des « nomades tibétains ». En effet, la plupart d'entre eux ne sont pas réellement nomade mais semi-nomade, c’est-à-dire que lors de la belle saison, ils vont faire paître les troupeaux sur les plateaux herbeux, et sont partis pendant quelques mois. Le reste de l'année, ils habitent dans leur village et les animaux sont gardés au chaud dans des bergeries attenantes aux maisons paysannes, parfois sous les maisons pour que la chaleur du bétail s'élève et chauffe les pièces d'habitation.

 

Toutefois, durant ces dernières années, un double problème menace l'écologie du Haut plateau tibétain : d'une part, en raison d'une croissance démographique très rapide depuis les années 1960, les troupeaux sont devenus énormes (proportionnellement à la croissance démographique), d'autre part, le réchauffement climatique généralisé fait subir une désertification galopante au Haut plateau. Ces deux problèmes sont liés, puisque les troupeaux ne font qu'intensifier la désertification. C'est pourquoi le gouvernement chinois, en accord avec celui de Régions autonomes concernées (Qinghai et Tibet, principalement), ont incité nombre d'éleveurs à se sédentariser, moyennant un logement gratuit et un revenu minimal assuré. Ces familles d'éleveurs sont alors installées dans de nouveaux villages construits en plein désert et à peine achevés. Leur problème majeur est le manque d'emploi. Les travaux d’entretien de la nouvelle voie ferrée toute proche ne couvrent que quelques semaines par an.

nouveau village dans le désert près de Golmud (photo JPDes. 2007)
nouveau village dans le désert près de Golmud (photo JPDes. 2007)

En Chine, chaque village élit son « chef », un responsable pour les problèmes pratiques du village et intermédiaire auprès des autorités locales. Dans ce nouveau village pour bergers délocalisés, le chef a dû vendre tout son troupeau de yacks (80 têtes) et de moutons (700 têtes), en 2004. Il se tourne les pouces ici, car il n’a plus de travail régulier. Il a reçu la maison gratuitement et perçoit 500 yuan par mois comme allocation de survie. Pour sa fonction de « chef du village », il perçoit 170 yuan par mois. Auparavant, avec son troupeau, il gagnait 2500 yuan par mois. Une chose pour laquelle il est content : les écoles ne sont pas trop loin. Dans sa région d’origine, les distances étaient énormes et de ce fait, la scolarité était très basse. Avec l’argent de la vente de son troupeau, il saura garantir des études supérieures à ses quatre enfants (2 filles et deux fils). L’aîné a 23 ans, le plus jeune 13 ans. Il espère que les autorités locales, qui l’ont incité à se délocaliser, vont mettre tout en œuvre pour que ses enfants trouvent un travail après leurs études.

le chef du village avec son épouse (photo JPDes. 2007)
le chef du village avec son épouse (photo JPDes. 2007)

D'autres famille n'ont pas déménagé, mais ont fait face à la désertification du Haut plateau en diversifiant leurs revenus. Ci-dessous, une famille qui a ouvert une petite maison de thé le long de la grand route. La famille continue aussi l’élevage de moutons.

D'autres familles encore décident de conserver leur mode de vie traditionnel et restent dans ces régions semi désertes avec leurs moutons. Dans ce cas, elles bénéficient en général de panneaux solaires gratuits.

maison d'éleveurs semi-nomade au Qinghai (photo JPDes. 2007)
maison d'éleveurs semi-nomade au Qinghai (photo JPDes. 2007)


famille Hui au Qinghai (photo JPDes. 2007)

Les Hui sont aussi présents dans cette région. Ils sont actifs dans l’agriculture, dans l’élevage et souvent aussi dans le transport. La famille ci-dessous a développé une petite entreprise agro-alimentaire : elle produit une sauce à ajouter à la soupe aux nouilles. Elle a pu se construire une belle nouvelle maison assez spacieuse.

famille Hui au Qinghai (photo JPDes. 2007)
famille Hui au Qinghai (photo JPDes. 2007)