« Tibet, un autre regard »

Le documentaire de Jean-Michel Carré

sera projeté à Bruxelles, au Centre Culturel Jacques Frank,

 

Chaussée de Waterloo 94, 1060 St-Gilles

le 5 février 2026 à 19h30

La projection sera suivie d'un débat.

 ARTE, un nouveau censeur culturel ?

 par Jean-Michel Carré

Qui pouvait imaginer qu’une chaîne publique, réputée pour son exigence et sa liberté, en vienne à interdire totalement un film qu’elle a elle-même coproduit et avait accepté officiellement le montage final ? C’est pourtant ce qui vient d’arriver à mon documentaire Tibet, un autre regard. Non seulement ARTE en a interdit la diffusion, mais elle a exigé que son nom soit effacé du générique.

 

 
 

 

Pendant six ans, j’ai tourné, enquêté, vérifié, découvert des archives inédites, parfois produites par les acteurs eux-mêmes — du Dalaï Lama à la CIA. Ce film ne prend pas parti ni pour Pékin ni pour les exilés Tibétains, il met uniquement et enfin en lumière la complexité d’un conflit géopolitique où le Tibet n’est pas que le symbole d’un peuple religieux, mais un terrain de confrontation stratégique entre la Chine et les États-Unis.

Beaucoup peuvent considérer que le Tibet n’est qu’un conflit anecdotique. Il est pourtant essentiel dans la compréhension globale des affrontements géopolitiques entre l’Ouest et l’Est car il représente une première utilisation d’ampleur d’un « proxy » (guerre par procuration, ou sous fausse bannière) de l’époque contemporaine et ce depuis 75 ans !

D’autres exemples récents ne manquent pas…

Ce que ce documentaire relate sur les rapports entre la Chine et le Tibet dérange, car il déconstruit des récits simplistes et figés. Et plutôt que d’assumer la pluralité des regards, certains universitaires ont fait pression sur la chaîne, accusant ce film d’être « prochinois ». Résultat : ARTE PLIE, RENONCE, CENSURE. La chaîne aurait pu mettre un bandeau de début signifiant leur désaccord avec mes propos d’auteur puis organiser un débat contradictoire, laissant ainsi les spectateurs juger par eux-mêmes. Mais non ! Mieux vaut cacher des images que remettre en question la doxa atlantiste dominante.

CE FILM, ARTE NE VEUT PAS QUE VOUS LE VOYIEZ.

Je refuse cette atteinte à la liberté d’expression et de création et le droit moral de tout artiste. C’est la raison pour laquelle j’assigne aujourd’hui la chaîne Arte en justice. Ce combat dépasse mon cas personnel : il s’agit de défendre un espace d’expression libre, pluraliste, indispensable à ce qui reste de démocratie en France et en Occident. J’appelle chacun à défendre notre droit commun : celui d’accéder à toutes les images, même celles qui dérangent la pensée unique. » Comme me le disait Milan Kundera : « Le cinéma doit rester un espace alternatif aux médias dominants, un lieu de nuance et de discussion. »

À nous de faire en sorte que cet espace ne disparaisse pas.

Jean-Michel Carré